104-1_LAMBESSANUS

RHOPALOCERA PAPILIONOIDEA
NYMPHALIDAE

Sous-famille Satyrinae
Genre Berberia


76 Berberia lambessanus
Le Grand Nègre de l’Atlas


Origine et répartition

Endémique maghrébin.
Maroc, Algérie, Tunisie (à rechercher en Tripolitaine libyenne).

Type

Satyrus abdelkader var. lambessanus Staudinger, 1901 ; LT : Lambessa (Algérie).

Taxon au Maroc

Berberia lambessanus (Staudinger, 1901) ; LT : Lambessa (Algérie).

Distribution au Maroc

Au Maroc, on distingue deux groupes sans différences dans l’habitus mais dont les conditions écoclimatiques sont disparates. Au Nord et dans le Rif occidental, l’espèce se rencontre à basse altitude, depuis 700 à 1600 m, mais surtout aux alentours de 800-1200 m : Djebels Tasaot, Kelaa et Tisouka, montagnes calcaires des proches environs de Chefchaouen. Toujours au Nord mais dans Moyen Atlas central, tabulaire et calcaire, avec un étagement similaire, les stations connues sont : Djebel Kandar (très rare), Col de Tamrabta (localité éteinte), Dayets Ifrah, Hachlaf et Iffer (piste Ifrane à Annoceur), ainsi que les alentours d’Annoceur (nappes alfatières disparues et toutes localités détruites depuis 1960), Timahdite (localité détruite depuis 1950), région du Col du Zad (très rare), Djebel Tichoukt, près Boulemane (maison forestière de Tirhboula, route de Skoura, etc.). Au centre du Maroc, dans le Haut Atlas centro-méridional, que ce soit sur calcaire ou sur cristallin, on rencontre plusieurs dèmes aux effectifs plus ou moins étoffés, localisés à un étage très supérieur, entre 2000 m jusqu’à plus de 3000 m, avec la plus forte fréquence aux alentours de 2700 m, notamment : Lac Tislit, près Imilchil, Haut Todrà, près Aït-Hani, Tizi-n-Ouguerd-Zegzaoune, Tizi-n-Tamda et Djebel Azourki (piémont septentrional du Massif du M’Goun), Tizi-n-Tichka (versant Sud depuis Agouim jusqu’aux alentours du col où il est peu fréquent), Adrar Tizerag, Adrar Ouhattar, Djebel Angour (région de l’Oukaïmeden), Tamatert (Djebel Aksoual), alentours de Tacheddirt et nombreuses autres montagnes du Massif du Toubkal, Tizi-n-Test (rare et divagant). Dans l’Anti-Atlas nord-oriental, nous l’avons découvert assez erratique dans le Djebel Siroua (aux alentours du Tizi-n-Melloul où il ne possède aucune population repérable), mais le relief volcanique du Siroua appartient biologiquement à l’écocomplexe du Toubkal dont il n’est qu’une figure de proue vers le Sud.

Cartographie nationale (2003)

Nombre de mailles 10 x 10 km : 23.

Carte-lambessanus


Plantes-hôtes et sources nectarifères

Oligophage sur plusieurs Poacées. Ce n’est que suite à une lamentable erreur de détermination qu’Ampelodesma mauretanica (= A. tenax) fut donné et sans cesse repris comme plante prioritaire pour cette espèce. Cette Graminée vivace argilophyte (substrat marneux) qui se présente en puissantes touffes (hampes florales atteignant 2 m) peuple l’essentiel du Maroc septentrional mais en des écosystèmes non adoptés par le Grand Nègre de l’Atlas. Dans le Massif du Toubkal et selon sa localisation, le papillon est par exemple tributaire de trois herbes : Stipa nitens, un Sparte de taille moyenne, aux feuilles rigides et terminées par des pointes acérées, est le support trophique dans le Djebel Angour, tandis qu’un Bromus (possiblement B. rigidum) est la plante-hôte dans l’Adrar Tizerag et Festuca mairei dans l’Adrar Ouhattar. Dans la plupart des localités du Haut Atlas oriental comme dans toutes celles du Moyen Atlas, B. lambessanus utilise la même Poacée que B. abdelkader, soit Stipa tenacissima, plante foncièrement xérophile des bioclimats arides et qui, dans le cas des zones subhumides, y pousse alors sur de fortes pentes très ensoleillées. Dans le Rif, même si Ampelodesma mauretanica est parfois présent, B. lambessanus voit ses maigres colonies se superposer à des peuplements relictes de Stipa tenacissima. Il reste à confirmer ou à infirmer le recours à des herbes peut-être potentiellement hôtes et c’est le cas de Stipa parviflora, de Lygeum spartum et de quelques autres indéterminées.
L’imago apprécie les inflorescences des nombreuses espèces de Thyms, de plantes tapissantes et rupicoles variées, ainsi que les fleurs de Carduacées.

Types d’habitats, conservation et attributions bioindicatives

Acceptant un plus grand étagement altitudinal en raison de ses deux types écologiques, B. lambessanus, vrai mésophile, se rencontre depuis le mésoméditerranéen (Rif occidental) jusqu’à l’horizon inférieur de l’oroméditerranéen et de la steppe froide atlasique (Haut Atlas central). Les habitats électifs sont les collines alfatières assez mixtes et parsemées d’une végétation buissonneuse et de bouquets de Chênes verts, les abrupts de moyenne et haute montagne riches en bromes, les hautes falaises venteuses et porteuses d’une Graminée-hôte, les pelouses écorchées agrémentées d’éboulis jusqu’à côtoyer la xérophitaie épineuse. Ses biotopes ouverts sont le plus souvent ponctués d’arbres et d’arbustes, et il ne dédaigne pas pénétrer dans les formations arbustives lâches et les reboisements (et afforestations) dans les trouées desquelles s’épanouissent en clairières des formations herbeuses. S’il peut voler à moins de 1000 m dans le Nord et au-dessus de Chefchaouen, B. lambessanus est exclusivement orophile et ne se rencontre guère qu’à partir de 2500 m dans les limites méridionales de son aire (Haut Atlas et Anti-Atlas nord-occidental).
Mêmes vertus bioindicatives que l’espèce précédente : la présence du papillon sous-entend un habitat en équilibre, pouvant profiter d’un pâturage extensif régulateur, tandis que sa raréfaction ou son déclin indique l’existence d’une pression excessive du cheptel. Dans les quelques cas d’habitats préforestiers, leur fermeture (par exemple par les Genets) est évidemment néfaste à l’espèce.

Phénologie

Univoltin en émergences échelonnées depuis mai jusqu’en juillet, avec un optimum lors des premières semaines d’éclosion. L’essentiel du contingent femelle n’émerge qu’une quinzaine de jours après la formation d’un premier bataillon de mâles.

Identité éco-éthologique

Sténoèce, mésoxérophile, montigène (Nord) et orophile (Sud), anémophile, patrouilleur, opportuniste.

Etat de connaissance et statut conservatoire

Moyen

Vulnérable